LES CHOIX DE CHRISTOPHE PERLÈS - SECONDE PARTIE


Pour la quatrième vente de l’année consacrée à la Céramique européenne, la Maison de ventes Pescheteau Badin présente la seconde partie des « Choix de Christophe Perlès » qui sera mise aux enchères le 26 novembre prochain à Drouot.
En juin dernier, la première vacation réunissait des enchérisseurs des cinq continents et rassurait en cent cinquante numéros un marché qui s’imaginait en panne de collectionneurs. Au mois d’octobre, la préemption par le Château de Versailles du plat d’entrée du Service Bleu Céleste de Vincennes du Roi Louis XV confirmait l’intérêt pour cette spécialité. 

Cette seconde vente dédiée aux « Choix de Christophe Perlès » proposera aux amateurs des pièces d’une grande variété et qualité tel le seau à verre forme du Roy, premier et seul parmi les six livrés à Louis XV en 1754 à être aujourd’hui connu. 

Mais également un ensemble de faïences françaises faisant écho à l’exposition des plus belles pièces de faïence française de la Collection de Sidney R. Knafel actuellement présentées à la Frick collection de New York.

VINCENNES
Seau à verre forme du Roy en porcelaine tendre à deux prises latérales en forme de rinceaux feuillagés, décor polychrome de bouquets de fleurs dans deux réserves cernées de palmes et fleurs en or sur fond bleu céleste.
Marqué : LL entrelacés, lettre-date A pour 1754, marque de peintre 4 non identifiée.
XVIIIe siècle, 1754.
H. 12,5 cm, L. 19 cm.
Estimation : 30 000/40 000 €

Premier grand service de la manufacture de Vincennes, le service de Louis XV est commandé à la manufacture en 1751 pour le château de Versailles. Pour ce service, le fond de couleur bleu céleste (…) dont sa Majesté a été si satisfaite, également nommé Bleu Hellot ou bleu ancien ou encore bleu du Roi est mis au point par le chimiste Jean Hellot. La livraison du service s’échelonne entre 1753 et 1755.
Le dessin des formes est confié à l’orfèvre Jean-Claude Duplessis Père. Un dessin représentant deux rafraichissoirs, l’un à verre, l’autre à liqueur, de la main de Duplessis, conservé aux archives de la manufacture de Sèvres, porte les inscriptions : Seau pour Les Verres, et Ses dimensions au juste. Seau pour les Liqueurs. idem Du Plessis s’est attaché dans ces trois Desseins à concilier l’élegance avec les formes les plus simples, et serois bien flaté s’il avois réüssi. Le rafraichissoir à verre est nommé seau à verre forme du Roy.
La première partie du service, livrée le 24 décembre 1753, est exposée au public à Paris chez le marchand mercier Lazare Duvaux rue Saint Honoré. 
Le service est envoyé par le marchand à Versailles au début du mois de février 1754. Le duc de Croÿ relate dans son journal à la date du 11 février 1754 qu’après un dîner à Versailles, « Louis XV nous occupa à déballer son beau service, bleu, blanx et or, de Vincennes, que l’on venait de renvoyer de Paris, où on l’avait étalé aux yeux des connaisseurs, C’était un des premiers chefs-d’oeuvre de cette nouvelle manufacture de porcelaines qui prétendait surpasser et faire tomber celle de Saxe. La Marquise, à qui le Roi avait donné le village de Sèvres, faisant faire, aux dépens du Roi, de très grands travaux pour l’y établir à côté de la verrerie. Il y avait des pièces charmantes de ce service, plus agréable que d’usage. La pâte et le blanc me parurent très beaux et approchant du Japon ». (Vicomte de Grouchy et Paul Cottin, Journal inédit du duc de Croÿ (1718-1784), 1906, I, pp. 230-231). 
Les deuxième et troisième livraisons du service ont lieu le 31 décembre 1754 et le 31 décembre 1755.
Le service se compose de 493 pièces pour le service de table et 1266 pièces pour le surtout, pour la plupart en biscuit, dont mille balustres et atteint le coût total de 87. 272 livres.
Le service de Louis XV comportait six seaux à verres forme du Roy, livrés en décembre 1754, chacun au prix de 144 livres. Aucun autre seau à verre du Roy à fond bleu céleste n’est mentionné dans les registres de vente de la manufacture de Vincennes (recherches effectuées jusqu’en 1757). 
Le service comportait également 18 seaux à verre ordinaires à 120 livres chaque ; deux d’entre eux sont conservés au musée des Arts décoratifs de Paris. Dans un état des Porcelaines de Sèvre déposées dans les Offices du Château du petit Trianon Envoyée par le Roy le 16 juin 1778, il est noté la présence de 24 seaux pour les verres dont six à ances, correspondant aux 18 seaux à verre ordinaires et aux 6 seaux à verre forme de Roy livrés en décembre 1754 (AN K506, n° 21).
Aucun autre seau à verre forme du Roy du service bleu céleste de Louis XV n’est aujourd’hui répertorié.



FAÏENCES FRANÇAISES 

NEVERS
Paire de petits plats ronds en faïence de la série des douze César à décor polychrome sur l’un d’un portrait de l’empereur Vitelius sur fond jaune dans un médaillon cerné de l’inscription « Vitellius Fils De L Vitell Homes De Bien Et De Merite Qui Avoist Este Aule », et sur l’autre d’un portrait de l’empereur Caligula sur fond jaune dans un médaillon cerné de l’inscription « Cesar Caligula Fils De Germinic. Et Agripine regna 3 ans iom2 c’est abominable », dans un entourage de putti ailés tenant des guirlandes de fleurs, galons à fond jaune et bleu sur le bord.
XVIIe siècle, vers 1645.
D. 20,5 cm. 
Estimation : 10 000/15 000 €
Ces deux plats ont pour sources les portraits des empereurs gravés par Aegidius Saedeler (1570-1629) vers 1600 d’après le Titien.
Provenance :
Ancienne collection HM, vente 3 mai 1912, n° 54, parmi dix plats de la série.
Ancienne collection Clainpanain
Ancienne collection Jules Desurmont, Le plat avec Caligula provenant également de l’ancienne collection Donat Agache et celui avec Vitellius de l’ancienne collection Duponcheel. 
Vente Tajan, 14 juin 1995, lot 23.
Ont figuré à l’exposition rétrospective de la faïence française au Musée des Arts Décoratifs en 1932et à l’exposition rétrospective des céramiques nivernaises à Nevers en 1937.

ROUEN (Masséot Abaquesne)
Chevrette en faïence à décor polychrome d’un portrait d’homme casqué en buste de profil dans un médaillon cerné d’une guirlande de feuillage et fleurs dans un entourage de rinceaux feuillagés et tulipes, sous l’anse le monogramme en bleu « MAB ». Atelier de Masséot Abasquene.
Milieu du XVIe siècle, vers 1550.
H. 23 cm. 
Estimation : 10 000/12 000 €
Cette chevrette monogrammée fait partie de la commande passée à Masseot Abaquesne par l’apothicaire rouennais Pierre Dubosc en 1545 de 4152 pots de pharmacie.
Voir Dr. J. Chompret, Les faïences françaises primitives dans les apothicaireries hospitalières, Paris, 1946, fig. 89 à 105. 

MARSEILLE
Grand pot à oille couvert en faïence reposant sur quatre pieds à décor polychrome de paysages de bord de mer animés avec voiliers et ruines dans quatre cartouches encadrés de palmes et peignés pourpre et de petits bouquets de fleurs, la prise du couvercle en forme d’oiseau, peignés pourpre et filets dentelés verts sur les bords.
Manufacture de Bonnefoy. XVIIIe siècle.
L. 35 cm, H. 31 cm. 
Estimation : 18 000/20 000 €
Provenance :
Ancienne collection Gavot.
Vente, Paris, Drouot, 30 mai 1949, lot 50 - Vente, Paris, Drouot, 11 mars 1983, lot 46.
Reproduit par Arnault d’Agnel, La faïence et la porcelaine de Marseille, 1910. A figuré à l’exposition des faïences provençales à Grasse en 1992.

FAIENCES ITALIENNES 

Ces plats à grottesques en grisaille sur fond bleu sont souvent datés entre 1521 et 1531.
John Mallet dresse une liste de plats peints dans le même style que le nôtre et le présent plat daté 1531 .Ces plats ont longtemps été attribués à Castel Durante en raison de la présence d’ornements grottesques sur un bol daté de 1508 signé de Giovanni Maria à castel Durante dans la collection Lehmann et un vase de pharmacie daté 1519 au British Museum. John Mallet et Timothy Wilson considèrent aujourd’hui plus probable l’attribution à un atelier d’Urbino, sans doute l’atelier de nicola da Urbino. 
Pour soutenir cette attribution, Wilson mentionne cipriano Piccolpasso qui, vers 1557, dans Li tre libri dell’arte del vasaio, décrit les candelieri comme pittura urbanita. 
D’autre part, certains de ces plats a grotesche sont lustrés à Gubbio. S’il existe des raisons de penser qu’autour de 1530 des majoliques d’Urbino étaient envoyées à Gubbio pour être lustrées, aucune preuve du même phénomène avec la majolique de castel Durante n’est connue.


URBINO ou CASTEL DURANTE
Plat rond en majolique à décor a candelieri en grisaille sur fond bleu de vase, draperies, figures grottesques, oiseaux et dauphins fantastiques, visages de putti ailés et trophées.
XVIe siècle, vers 1530.
D. 23 cm.
Estimation : 10 000/12 000 €

URBINO ou CASTEL DURANTE
Plat tondino rond en majolique à décor en grisaille sur fond bleu au centre d’un portrait d’homme en buste de profil et sur l’aile de figures grottesques, visage de putto ailé, cornes d’abondance et trophées.
Daté 1530 sur un trophée.
XVIe siècle, 1530.
D. 24 cm.
Estimation : 15 000/20 000 €
Provenance : ancienne collection Pringsheim, Sotheby’s, Londres, 7-8 juin 1939, Catalogue of the renowned collection of Italian Majolica. The Property of Dr Alfred Pringsheim of Munich, the first portion, n° 194.
Vente, Paris, Palais Galliera, Me ader, 6 décembre 1962, lot n° 22.

FAÏENCES DE DELFT 

DELFT
Assiette en faïence à décor polychrome dit Delft doré au centre des armoiries de la famille Donkersloot dans un écu supporté par deux lions dressés et surmonté d’une couronne et de trois heaumes, en-dessous une banderole portant la devise « DECUS ET TVTANEN ».
XVIIIe siècle, vers 1725-1730.
D. 22,5 cm. 
Estimation : 4 000/6 000 €
Provenance : Ancienne collection Jules Desurmont.
Une assiette identique est reproduite par Henri-Pierre Fourest, op. cit, n° 110.

PORCELAINES FRANÇAISES 

SAINT-CLOUD
Paire de seaux à verre cylindriques en porcelaine tendre à décor polychrome et or sur une face de Chinois réunis debout autour d’une table et sur l’autre face de trois Chinois dans une barque près d’une pagode dans un paysage lacustre, les prises latérales en forme de masques de Chinois, la base et le bord supérieur à godrons en relief.
XVIIIe siècle, vers 1730-1740.
H. 11,5 cm, L. 14 cm. 
Estimation : 15 000/18 000 €
Une paire de seaux de même décor est conservée au museum of Fine Arts de Boston et reproduite dans le catalogue de l’exposition sous la direction de Bertrand Rondot, Discovering the Secrets of Soft-Paste Porcelain at the Saint-Cloud Manufactory ca. 1690-1766, 1999. Un autre seau conservé au Metropolitan museum de New York, récemment inclus parmi les Hightlights of the Collection par Jeffrey Munger dans Europen Porcelain in the Metropolitan Museum, 2018, où l’auteur précise que quatorze seaux à verre de ce décor sont répertoriés.

SAINT-CLOUD
Pot-pourri couvert en porcelaine tendre, le couvercle à jours, muni de deux prises latérales en forme de visages féminins à coiffe indienne, décor en relief de branches fleuries émaillées blanches sur fond jaune parsemé de fleurettes dans la palette Kakiemon, la prise du couvercle en forme de branches fleuries et feuillagées.
XVIIIe siècle, vers 1750.
H. 18 cm, L. 15 cm.
Estimation : 18 000/22 000 €
Provenance :
Ancienne collection Gilbert Lévy, vente Paris, Drouot, 23 novembre 1967, lot 83.
Deux pots-pourris du même modèle, également à fond jaune sont répertoriés, l’un conservé au Musée du Louvre, provenant de l’ancienne collection Fitzhenry (vente Paris, 13-16 décembre 1909, n° 19), un second au Musée Château de Saumur, l’un et l’autre reproduits dans le catalogue de l’exposition sous la direction de Bertrand Rondot, Discovering the Secrets of Soft-Paste Porcelain at the Saint-Cloud Manufactory ca. 1690-1766, 1999.
Un autre pot-pourri de même forme mais en porcelaine blanche est conservé au Musée des Arts Décoratifs de Paris.


VINCENNES
Grand groupe en porcelaine tendre émaillée blanche représentant un chien attaquant un sanglier sur une terrasse ovale rocheuse près d’un tronc d’arbre.
Marque en creux sur la terrasse : deux coeurs accolés.
XVIIIe siècle, vers 1750-1751.
H. 18 cm, L. 30 cm.
Estimation : 50 000/60 000 €

VINCENNES
Grand groupe en porcelaine tendre émaillée blanche représentant un chien attaquant une hyène sur une terrasse ovale rocheuse près d’un tronc d’arbre.
XVIIIe siècle, vers 1750-1751.
H. 17,5 cm, L. 31 cm.
Estimation : 60 000/80 000 €
Les modèles de ces grands groupes ont été créés à la manufacture de Vincennes vers 1750-51 en porcelaine émaillée blanche, en même temps qu’un groupe représentant un chien poursuivant un cygne et un groupe de renard et perdreau.
Jean-Baptiste Oudry est très probablement à l’origine des dessins des sculptures d’animaux de la manufacture de Vincennes. 200 desseins et contrepreuves paysages de M. Oudry sont signalés dans l’inventaire de la manufacture en octobre 1752, par ailleurs, Jean-Baptiste Oudry reçoit en 1749 la somme de 142 livres pour modèles par luy payés à différens artistes. Cette mention pourrait signifier qu’il avait fait établir des modèles en trois dimensions d’après ses propres compositions. Le groupe de la hyène attaquée par un dogue a été récemment rapprochée d’un dessin d’Oudry de 1743 conservé au musée du Louvre et d’un tableau du même sujet conservé au musée de Schwerin.
Jean Chabry, sculpteur de l’Académie de Saint-Luc depuis 1738 est probablement responsable de la mise en trois dimensions des modèles d’Oudry. Il reçoit 60 livres le 30 novembre 1750 pour modèles en terre et un groupe de la chasse au sanglier émaillé blanc conservé au Detroit Institute of Arts est signé en creux sous la base Chabry.
Les seuls groupes de chasse mentionnés dans le registre de ventes de la manufacture de Vincennes sont deux Grands groupes de M. Oudry achetés par Louis de Crillon, duc de Mahon, le 27 décembre 1753 pour 96 livres. La marquise de Pompadour possédait quatre grands groupes de chasse mentionnés lors de son inventaire après décès dans l’office de l’hôtel d’Evreux ainsi désignés : quatre groupes d’animaux d’après Oudry; le gros mutilé, prisé avec deux autres groupes et douze figures à 250 livres. Cordey, J. : Inventaire des biens de Madame de Pompadour après son décès, Paris, 1939, n° 383.
Deux autres groupes en porcelaine de Vincennes émaillée représentant une hyène attaquée par un dogue sont aujourd’hui répertoriés, l’un conservé au musée des Arts décoratifs à Paris, un second en paire avec un groupe de chasse au sanglier, vendu à Londres en 1986 (Christie’s, Londres, 6 octobre 1986, lot 258), est aujourd’hui conservé au Detroit Institute of Art.


PORCELAINES ALLEMANDES
 

MEISSEN
Cafetière couverte en porcelaine à décor en grisaille rehaussé d’or attribué à Ignaz Preissler d’un paysage de bord de mer tournant animé de nombreux personnages et voiliers.
XVIIIe siècle, la porcelaine vers 1723-1725, la décoration vers 1725-1730.
H. 20,5 cm.
Estimation : 12 000/18 000 €
Provenance : Christie’s, Genève, 16 novembre 1992, lot 202.
Deux bols et la boite à thé provenant du même service sont passés en vente à Londres en 1977 (Christie’s, Londres, 28 mars 1977, lots 72 et 73).
Une théière décorée rouge de fer et grisaille décorée de voiliers similaires est conservée dans la collection Arnhold et reproduite par Maureen Cassidy-Geiger, The Arnhold Collection of Meissen Porcelain 1710-50, 2008, p. 623, n° 313.


MEISSEN
Plat rond en porcelaine à décor en grisaille attribué à Ignaz Preissler au centre d’une figure de fleuve ailée tenant un trident et accoudée sur une jarre renversée parmi des roseaux sur les flots, l’aile décorée de volatiles et coupes de fruits sur des rinceaux feuillagés et fleuris.
Marqué : épées croisées en bleu.
XVIIIe siècle, vers 1725-1730.
D. 28 cm.
Estimation : 12 000/15 000 €
Une assiette de même décor est conservée dans la collection Wark et reproduite par Ulrich Pietsch, Early Meissen Porcelain, the Wark collection, from the Cummer Museum of Art & Gardens, 2011, p. 560, n° 684.

 
Les Choix de Christophe Perlès - Deuxième Vente
lundi 26 novembre 2018 14:15
Salle 4, Drouot-Richelieu